Thursday, June 04, 2009

Quand Molière faisait ses gammes


On joue à l'envi L'Avare, Tartuffe, ou Le Médecin malgré lui. De même, il y a peu de saisons théâtrales où Scapin ne revient exercer ses facéties. Mais qui connaît les premières oeuvres de Molière, à mi-chemin entre la farce et la commedia dell'arte ? Le théâtre du Gymnase propose en cette fin d'année de faire le pont entre ses pièces célèbres et d'autres plus confidentielles, des Précieuses ridicules à la Jalousie du Barbouillé, en passant par les métamorphoses du Médecin volant.

C'est la troupe du TNP de Villeurbanne qui invite à cette danse effrénée au milieu des Sganarelle et du dix fois doctor doctorum. En costume d'époque, et dans une sympathie parfaite avec le texte, l'illustre troupe fait revivre ces personnages légendaires tout en créant une complicité forte avec le public.



Sans sombrer dans le mauvais goût, la provocation gratuite ou les anachronismes inutiles, l'interprétation ne laisse rien à désirer, et réussit l'exploit de rendre possible la compréhension de l'intrigue par les plus jeunes.


Humeur réjouie, éclats de rire et applaudissements à découvrir au théâtre du Gymnase à Marseille, du 26 mai au 6 juin 2009.




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Saturday, January 24, 2009

Au théâtre avec la Famille Semianyki



Il ne nous reste de cette pièce que cette photographie, prise à la fin de la représentation, alors que les spectateurs et les membres du personnel du théâtre du Gymnase s'emmêlaient dans une joyeuse pagaille, au milieu des kilos de rubans de papier que les machinistes avaient fait tomber des cintres, pendant le salut des acteurs. Une joyeuse pagaille, voilà ce qui qualifierait bien la dernière création de la troupe du Teatr Licedei, une compagnie russe qui tente le pari fou de raconter des choses folles sans prononcer un mot (ou presque). Les comédiens ne sont pas vraiment des mimes, ni des clowns. Leur jeu s'apparente aussi à de la commedia dell'arte, ne serait-ce que par rapport à leurs costumes, leurs maquillages qui tiennent du masque, ainsi qu'à la mise en scène de leurs gestes.

Une comédie donc, un peu hystérique du reste. Une famille, avec ce que cela comporte de violence et d'amour, de tension et de tendresse. Un groupe de parents très simple, un père, une mère et beaucoup d'enfants. C'est le chaos permanent. Chacun teste les limites de la cohésion du bloc, le tout dans une atmosphère à la fois onirique et nostalgique.

Bien sûr, le public rit beaucoup, car les ficelles sont parfois très grosses. Il arrive que le spectateur soit pris à parti, mis à mal, comme quand une bataille de pelochons se déclare sur scène, avant de se poursuivre dans la salle. Du haut des loges, on se sent bien à l'abri quand on regarde avec effroi ceux de l'orchestre se faire molester par des enfants armés de coussins. Il faut dire que beaucoup d'énergie est ainsi déployée !

On rit sans trève, mais il arrive que ces accès de bonne humeur soient teintés de tristesse ou d'amertume, quand on se rend compte que tant de légèreté n'existe pas, ou alors que si elle existe, elle ne dure que le temps d'un songe.

Nous avions vu cette pièce en octobre. Des fils s'étaient tissés ce soir là dans nos esprits.


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Thursday, December 04, 2008

Luxe n°1 - Investir




Elle est heureuse, elle doit l'être. Un leitmotiv, comme une injonction, tel le "mariez-vous", scandé tant de fois, dans divers contextes, au début de la pièce. L'ironie s'impose d'emblée.

Il et elle sont assis face à face de part et d'autre d'une table-métaphore, qui est à la fois un meuble "bien designé", symbole de réussite sociale, un ventre fertile, une table de torture, et une boîte à phantasmes.

Il sont face à face et regardent ce qu'ils sont devenus, au moment où ce qui les a réunis ne signifie plus rien. L'amour n'existe plus, l'habitude le remplace. Le plaisir n'existe plus, juste son simulacre persiste, un petit jeu qui devient de plus en plus pervers et douloureux.

Un enfant est né de leur amour déchu. Il évolue au milieu de leurs déchirements absurdes et inavoués. Gravement, il joue et observe le manège, impuissant. Il grandit et se nourrit de ce désabusement.

Les spectateurs sont situés de part et d'autre d'une scène en U, étrangement contorsionnée. En son centre, la fameuse table, qui ménage deux étroits passages pour la circulation des acteurs. Leurs corps sont d'ailleurs contraints dans leurs déplacements, dans leurs mouvements. Les vêtements sont élégants mais entravent les gestes. Chaque chose est à sa place, ici un aquarium haut perché, là un micro suspendu, dédié aux délires verbaux.Une maison propre est froide est ainsi suggérée. Tout le monde y est bien mis en boîte. Pas un mot plus haut que l'autre. Tout se résume à la façade. Et parfois un cri, un grincement, s'échappe, car cette vie lisse et indifférente est inacceptable.

Flotte dans l'atmosphère comme les traces d'un ancien désir, très vite étouffé par des questionnements amers. Les personnages se demandent pourquoi se sont-ils choisis. Etait-ce un effet du hasard ? Ils se demandent s'ils ne se sont pas choisis pour se soustraire à la solitude. La tyrannie de l'attachement est également évoquée.

Les faux semblants, les quiproquos, les mensonges et l'érotisme sont violents. Les gifles claquent au milieu des sourires de circonstance. C'est-à-dire que le jeu des acteurs est très physique. L'essentiel repose sur les corps et leurs tensions. Le texte est sobre, tranchant, presque hâché. La substance dramatique est mâtinée de séquences vidéos tragi-comiques, balançant entre l'insensé et le dérisoire, le tout entrecoupé de citations aigres-douces, en accord avec le ton général.

Il est heureux, il doit l'être.


Luxe n°1 - Investir, écrit et mis en scène par Geoffrey Coppini.

Interprété par : Lou Colombani, Paulo Guerreiro, Carlos Martins, Clémence Schreiber.

Mercredi 3 et jeudi 4 décembre 2008 au théâtre Montévidéo, 3 impasse Montévidéo, 13006 Marseille.


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Friday, October 31, 2008

Venir au théâtre...




Le théâtre relève de l'expérience vécue. Il ne se découvre dans les livres et de façon incomplète qu'au travers de textes qui lui ôtent la dimension de l'espace investi. Il ne se découvre à travers l'image audiovisuelle que comme figé, poli, transformé par cette écriture de l'image qui se superpose à sa propre écriture. Or on accède au théâtre qu'en sautant le pas, en franchissant une porte, en sortant de chez soi pour aller dans un autre lieu et vivre, comme spectateur ou acteur, une plongée dans un univers différent. Et si chaque expérience est singulière, elle est aussi un moment d'un parcours d'initiation artistique qui est finalement à la portée de tous.




G. Caillat, R. Citterio, D. Gaspard-Huit et C. Marion. Le théâtre à l'école.

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Friday, April 11, 2008

Dans une vaste maison entourée d'étangs et de roseaux

Parfois, la scénographie et la mise en scène prennent une importance capitale dans la représentation d'une pièce de théâtre. Il semblerait que ce soit un des partis pris de Jean-Louis Benoît, directeur de La Criée de Marseille, avec son spectacle Le Temps est un songe. Cela additionné au fait de vouloir sortir de l'oubli un auteur dont on ne parlait plus guère, Henri-René Lenormand.
L'utilisation de la vidéo paraît souvent incontournable au théâtre aujourd'hui. Ici, son emploi est d'une finesse et d'une intelligence rares. En effet, l'intrigue de la pièce est présentée de manière multiple : en miroir tout d'abord, par l'intermédiaire de vitres aux propriétés réfléchissantes, et en double, par le biais de la projection vidéo des différentes scènes. Le tour de force réside en ceci : l'enchaînement des péripéties est proposé soit de manière synchrone, soit en différé, soit légèrement en avance. Et on se laisse bercer par cette magie subtile. Voilà pour la forme.




Il y a aussi le fond. Le Temps est un songe sonne bien sûr à nos oreilles comme une redite de La Vie est un songe, sauf qu'ici il est bien question du temps, aussi bien celui qui s'écoule que celui qu'il fait.
Le ciel et ses caprices, l'environnement et ses visages, ont une influence considérable sur l'humeur, la santé, et les espoirs des protagonistes. C'est cela même qui détermine le destin de chacun. L'envie de vivre ou non est affaire de hauteur de roseaux.
Le temps enfin, acquiert des dimensions multiples. Comme une leçon de relativisme, on réalise que passé, présent et futur coexistent dans un même jardin. Nous nous promenons au milieu de cette flore. Mais derrière nous quelqu'un tend une toile, en sorte que nous ne voyons pas les fleurs du passé. De même, devant nous, quelqu'un d'autre tend une toile du même acabit, tant et si bien que nous n'apercevons pas les fleurs du futur.
C'est dans cette étrange navigation sur les eaux de la destinée, inexorable ou pas, que l'on s'embarque pendant deux heures.



Le texte est disponible chez L'Avant-Scène Théâtre.


Dossier pédagogique sur le site du CRDP d'Aix-Marseille :

http://www.crdp-aix-marseille.fr/spip.php?article247


Des extraits de la pièce :

http://www.lequai.tv/fr/bdd/video_id/117

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Sunday, March 09, 2008

"Nous faisons du Théâtre jeune homme" (Les illusions comiques, m.e.s. Olivier Py)


Le théâtre est une épine dans la chair de l'autre.
Le théâtre est la première pensée humaine et sa dernière question.
Nous sommes libres, voilà l'horreur, le théâtre est la musique de cette liberté.
Le théâtre est le lieu où les choses cachées depuis le début des temps sont révélées sans qu'on puisse toutefois les comprendre absolument.
Le théâtre est vainqueur des dieux, il est le seul qui laisse la Nécessité sans voix.
La scène est ouverte. La représentation est imminente. Olivier Py et ses acteurs, dans une sérénité fragile, se cachent encore derrière les décors et s’encouragent. L’auteur, le metteur en scène, le régisseur des lumières, l’acteur ne sont qu’un : il est le centre. Tout tournera autour de lui, avec la force même de l’autodérision.
Il observe. Il s’imprègne. À l’entrée et à l’entracte, les métamorphoses se feront sous les yeux du public. Ce soir tous les mystères seront dévoilés.
Les quatre acteurs et le Poète mort trop tôt font vivre des personnages improbables pour laisser émerger cent définitions du Théâtre.


Monsieur Fau. 9 – Le théâtre est le miroir du monde qui est le miroir du théâtre.
Tante Geneviève – Et notre présence au monde y est inversée et illisible.
Monsieur Fau. 1O – Le miroir est ce qui écrit en lettres inversées, et comme le monde marche à l'envers le théâtre le remet à l'endroit.
Monsieur Fau. 11 – Le théâtre est un miroir au coeur de la ville qui sert à nous rappeler que tout est théâtre.
Maman. 12 – Le théâtre est miroir dans lequel la totalité du monde se recompose comme totalité.
Monsieur Fau. 13 – Le théâtre est un Narcisse qui ne tombe pas à l'eau.

Derrière le « safran des costumes », les vérités éclatent.
L’acteur est au-delà du texte : il est le théâtre.
Tout est jeu. Il n’y a pas d’interprétation : on joue quelqu’un qui va jouer.
L’Absolu c’est l’incarnation.


On pourrait saluer ici l’immensité du talent de Michel Fau, qui, par son talent inimitable redéfinit les limites du jouable, les limites du possible. On le fera très prochainement. Pour patienter n’oubliez pas :

« Le théâtre est récompense de n’avoir rien attendu ».

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Sunday, February 24, 2008

Les 17 enveloppes de la vérité


LECHY ELBERNON Je suis actrice, vous savez. Je joue sur le théâtre. Le théâtre. Vous ne savez pas ce que c'est ?

MARTHE Non.

LECHY ELBERNON Il y a la scène et la salle. Tout étant clos, les gens viennent là le soir, et ils sont assis par rangées les uns derrière les autres, regardant.

MARTHE Quoi ? Qu'est-ce qu'ils regardent, puisque tout est fermé ?

LECHY ELBERNON Ils regardent le rideau de la scène. Et ce qu'il y a derrière quand il est levé. Et il arrive quelque chose sur la scène comme si c'était vrai.

MARTHE Mais puisque ce n'est pas vrai ! C'est comme les rêves que l'on fait quand on dort.

LECHY ELBERNON C'est ainsi qu'ils viennent au théâtre la nuit.

THOMAS POLLOCK NAGEOIRE Elle a raison. Et quand ce serait vrai encore, qu'est-ce que cela me fait ?

LECHY ELBERNON Je les regarde, et la salle n'est rien que de la chair vivante et habillée. Et ils garnissent les murs comme des mouches, jusqu'au plafond. Et je vois ces centaines de visages blancs. L'homme s'ennuie, et l'ignorance lui est attachée depuis sa naissance. Et ne sachant de rien comment cela commence ou finit, c'est pour cela qu'il va au théâtre. Et il se regarde lui-même, les mains posées sur les genoux. Et il pleure et il rit, et il n'a point envie de s'en aller. Et je les regarde aussi, et je sais qu'il y a là le caissier qui sait que demain. On vérifiera les livres, et la mère adultère dont l'enfant vient de tomber malade. Et celui qui vient de voler pour la première fois, et celui qui n'a rien fait de tout le jour. Et ils regardent et écoutent comme s'ils dormaient.

MARTHE L’œil est fait pour voir et l'oreille Pour entendre la vérité.

LECHY ELBERNON Qu'est-ce que la vérité? Est-ce qu'elle n'a pas dix-sept enveloppes, comme les oignons ? Qui voit les choses comme elles sont ? L’œil certes voit, l'oreille entend. Mais l'esprit tout seul connaît. Et c'est pourquoi l'homme veut voir des yeux et connaître des oreilles. Ce qu'il porte dans son esprit, - l'en ayant fait sortir. Et c'est ainsi que je me montre sur la scène.

MARTHE Est-ce que vous n'êtes point honteuse ?

LECHY ELBERNON Je n'ai point honte ! mais je me montre, et je suis toute à tous. Ils m'écoutent et ils pensent ce que je dis ; ils me regardent et j'entre dans leur âme comme dans une maison vide. C'est moi qui joue les femmes : La jeune fille, et l'épouse vertueuse qui a une veine bleue sur la tempe, et la courtisane trompée. Et quand je crie, j'entends toute la salle gémir.


Paul Claudel, l'Échange (1ère version), Mercure de France.

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Tuesday, January 15, 2008

Et l'objet tue le regard



Une pièce de théâtre, ça prend tout de suite, ou ça ne prend pas. Et quand ça prend, ça vous emporte, et ça ne vous lâche pas. Cliché mis à part, il faut vraiment qu'une pièce soit exceptionnelle, avec un texte magnifique, une mise en scène saisissante, une scénographie astucieuse et élégante, et des acteurs somptueux pour que la magie s'installe et que les spectateurs soient capables d'être attentifs et passionnés pendant 3 heures sans entracte.


Dans le cas de l'Othello de Gilles Bouillon, d'après une traduction de André Markowicz (disponible aux éditions Les Solitaires Intempestifs), le contrat est rempli, immensément rempli.


La pièce de Shakespeare date de 1604. Inutile de redire à quel point elle est encore contemporaine. Le poète veut nous parler de jalousie bien sûr, mais pas que : il est avant tout question de confiance. De la confiance entre les amants, entre un père et sa fille, entre un général et son lieutenant, entre le public et le premier acteur à entrer en scène. Le premier acteur est Iago. Le mot qui revient le plus souvent à son propos tout au long du texte est : honnête. Honnête Iago, qui est tout sauf honnête. Car Iago est perfide, Iago est la perfidie faite homme. C'est pourtant lui qui va prendre à partie le public dès le début de la pièce, et pis que cela, il va se mettre le public dans la poche. Car ce dernier rira des tours tragiques que Iago jouera à ses maîtres et rivaux, au gré de son bon plaisir. De temps à autre, il se frottera les mains anxieusement, les examinant à la lumière d'une lampe, comme s'il avait vaguement conscience de leur noirceur.

Le jeu des relations humaines est un jeu de dupes. Il y a l'être et le paraître, et l'on feint souvent de prendre le second pour le premier. Le drame se produit quand le doute s'immisce. Voilà tout l'argument de la pièce. Pour le reste, il faut le lire, il faut le voir.


« Maintenant qu’est-ce qu’Othello ? C’est la nuit. Immense figure fatale. La nuit est amoureuse du jour. La noirceur aime l’aurore. L’Africain adore la Blanche. Othello a pour clarté et pour folie Desdemona. » V. Hugo




Des extraits :


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Monday, November 19, 2007

UBU ROI, M.e.s. Ezequiel Garcia-Romeu


Alfred jarry a écrit cette pièce à 15 ans, pour des marionnettes. Le contenu est un peu délirant. La mise en scène l'est carrément.

Alors oui, la scénographie est très riche, l'espace se décline en plusieurs plans. Les personnages sont à la fois des êtres de chair, des pantins articulés, des images projetées, des ombres chinoises, leurs propres ombres.

Et pourtant la scène et la salle sont réduites. Peut-être pour renforcer cette accumulation, cette profusion.

Ubu est déchaîné. La pièce va très vite (1H15 et ainsi font font font les petites marionnettes, trois petits tours et puis s'en vont).

De l'humour certes. Mais esthètes, méfiez-vous. Du propre aveu du metteur en scène : "tout y est soumis aux règles de la laideur, du grotesque et de la démystification, aucune place n'est accordée au rêve ou au tableau harmonieux".

Mais si vous n'avez pas peur des "sarbres à merdre"...
Au théâtre de la Criée à Marseille
www.theatre-lacriee.com

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Sunday, October 21, 2007

Des masques, des masques... (II)


« Pour moi, les masques sont le symbole majeur du théâtre : la théâtralité, la révélation, la transformation, l’extraordinaire, la fusion entre la réalité et le rêve… » Ainsi Omar Porras, acteur, metteur en scène, et directeur de la troupe du Teatro Malandro évoque-t-il la magie suscitée par l'usage des masques sur une scène.

Sa compagnie interprète en ce moment (du 19 au 27 octobre 2007), au Théâtre du Gymnase de Marseille, Maître Puntila et son valet Matti, de Bertolt Brecht, une pièce sur les étranges relations qui peuvent se tisser entre un maître et son valet, sur fond de décadence. Le maître est alcoolique, et son caractère varie au grès de ses ivresses. Le valet évolue à son rythme, cherchant à trouver un équilibre au milieu de cette tourmente où tout va de guingois, à l'instar des décors de carton-pâte.

Les décors, les costumes, les masques justement, font la marque et tout le sel du Teatro Malandro, une signature reconnaissable entre toutes. Les lieux et les personnages en deviennent outrageusement grotesques, faisant constamment osciller la pièce vers le monde de la commedia dell'arte. Et l'on crie, et l'on tourbillonne, et l'on gesticule. Les acteurs descendent dans le public, embrassent, enjambent, éclairent les visages des spectateurs à la torche. Cela explose aussi parfois.

Omar Porras ne joue pas dans son spectacle cette fois. Samedi soir, il était en loge, et regardait son oeuvre en mouvement.



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Thursday, September 06, 2007

A voir !


Avant que la saison théâtrale 2007/2008 ne commence pour de bon, voici un petit inventaire des quelques pièces qui seront jouées à Marseille et Aix-en-Provence, et qui nous semblent à ce jour incontournables.


Au Théâtre de La Criée (Marseille) :


Hedda Gabler, de Henrik Ibsen, mes Thomas Ostermeier
Gens de Séoul, de Oriza Hirata, mes Franck Dimech
La Cruche cassée, de Henrich Von Kleist, mes Frédéric Bélier-Garcia
Ubu Roi, de Alfred Jarry, mes Ezéquiel Garcia-Romeu
Bobby Fisher vit à Pasadena, de Lars Noren, mes Renaud Marie Leblanc
Andromaque, de Jean Racine, mes Declan Donnellan
Othello, de William Shakespeare, mes Gilles Bouillon
La Femme d'avant, de Roland Schimmelpfennig, mes Claudia Stavisky
L'Echange, de Paul Claudel, mes Yves Beaunesne
La Maman bohème et Médée, de Dario Fo, mes Didier Bezace
Le Temps est un songe, de Henri-René Lenormand, mes Jean-Louis Benoit
La Mère, de Bertolt Brecht, mes Jean-Louis Benoit



Au Théâtre du Gymnase à Marseille :


Face au mur, de Martin Crimp, mes Hubert Colas
Maître Puntila et son valet Matti, de Bertolt Brecht, mes Omar Porras
Woyzeck, un spectacle de Josef Nadj
Illusions comiques, de Olivier Py
Zelinda et Lindoro, d'après Carlo Goldoni, mes Jean-Claude Berutti
Blanc, de Emmanuelle Marie, mes Zabou Breitman
L'Enfant et les sortilèges, de Maurice Ravel, mes Patrice Caurier et Moshe Leiser
Le Cabaret des hommes perdus, de Christian Siméon, mes Jean-Luc Revol
La Seconde surprise de l'amour, de Marivaux, mes Luc Bondy
La Cantatrice chauve, de Eugène Ionesco, mes Daniel Benoin
Confidences trop intimes, de Jérôme Tonnerre, mes Patrice Leconte



Au Théâtre du Jeu de Paume à Aix :


Spectacle de Patrick Timsit (one-man-show)
Huis clos, de Jean-Paul Sartre, mes Michel Raskine
Zouc par Zouc, de Hervé Guibert et Zouc, mes Gilles Cohen
Les Diablogues, de Roland Dubillard, mes Anne Bourgeois



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Saturday, July 28, 2007

Philippe Caubère, L'Homme qui ...





L'homme qui danse

L'homme qui vous prend par la main

L'homme qui vous emmène dans sa ronde

L'homme qui n'a peur de rien

L'homme qui arrive seul sur scène

L'homme qui se démultiplie

L'homme qui sait réinventer le monde

L'Homme qui connaît la vérité du théâtre

L'Homme qui fait rêver

L'Homme qui peut tout

Le prince intemporel du théâtre fantastique



Laissez-vous bercer, laissez-vous conter

Entrez dans la danse


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Wednesday, July 11, 2007

Quartett, de Heiner Müller, m.e.s Robert Wilson


Au Gymnase, juste avant la représentation de Quartett, avec Isabelle Huppert et Ariel Garcia Valdès. 6ème rang, centré, 30 euros la place, en tarif réduit ! Toile de fond grand siècle : 4 figures façon Watteau, décor champêtre. Femmes dénudées, instruments de musique, galants attentifs.

La salle se remplit de bavardages, folle cohue, entre oranges amères et travaux domestiques. Est-ce que Jean-Philippe a-t-il pu venir ? Le public des théâtreux qui exaspère tant. Où est la passion dans tout cela ? Et le recueillement ?

Bernard Stiegler parle de réenchanter le monde. Je pense aux enfants et à leur capacité à s'émerveiller de tout. Il faut retrouver cet état de grâce, plus tard, après la corruption des choses.

Corruption des choses, des gens et des sentiments, c'est justement ce dont parle la pièce, adaptée des Liaisons dangereuses. Tous les moyens théâtraux y sont mis à contribution, y compris les jeux sonores. Tout y passe, jusqu'aux distorsions des voix, qui font grincer les dents de certains spectateurs.

"La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence."

Beaucoup de sentences de cet acabit. Un texte charmant et lancinant, des répliques répétées à l'infini, comme une litanie de douleur.

"Je crains la nuit des corps."
Le spectacle se balade toujours, entre représentations et lectures, comme par exemple au festival d'Avignon.


Sylviane B.-L.


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Saturday, March 03, 2007

Audrey Perrin dans Dérapage Contrôlé.


Audrey Perrin sait emmener, transporter une salle. Sans hésitation, elle entre sur scène et accroche immédiatement son public. Pas de flottement, on part dans son monde tout de suite.

Elle campe des personnages originaux dans une surprenante vérité.

Aidée d'une grande facilité de contact, elle échange sincèrement avec son public, et même les plus timides ont envie de participer, de répondre à ses provocations. Parce qu'Audrey Perrin propose un spectacle thérapeutique, destiné à combattre les frustrations, une sorte de spectacle altruiste. Elle noie dans un humour indélébile les petits détails de la vie dont on n'est pas forcément fiers...


Fraîche, naturelle et spontanée, elle a la trempe des grands humoristes. Audrey Perrin, c'est finalement une présence théâtrale certaine et un charme saisissant.



Pour connaître les dates de sa tournée ou voir des extraits de son spectacle :
www.audreyperrin.com

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L'Archange Théâtre


Eliane Zayan, fondatrice du Quai du Rire et du Théâtre de Tatie, est une femme très généreuse qui a le don de dénicher les talents de demain.

Le 3 Octobre 2006, elle a inauguré un nouveau café-théâtre baptisé L'Archange au coeur du 8 ème arrondissement de Marseille.

Elle y propose une programmation variée et de qualité. Bien plus encore, elle propose un état d'esprit. Aller à son café-théâtre, c'est savoir qu'on va passer une excellente soirée, dans une ambiance conviviale, dans un lieu chaleureux.

C'est un endroit habité d'un souffle vivifiant de création et d'originalité. On y donne des cours de théâtre, on y bavarde autour d'un verre, et on peut prolonger le plaisir du spectacle à l'une des tables de l'établissement...

Dynamique et plein de projets, cet endroit n'a pas fini d'étonner.


Actuellement et jusqu'au 10 Mars, s'y déroule le Festifemmes, devenue une véritable institution de l'humour au féminin.


Pour plus d'informations, voir le site officiel :

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Friday, December 29, 2006

Les Mystères de l'Incarnation (Théâtrale)


L'instant où l'acteur devient personnage. Dans les coulisses, la respiration change, le regard devient vague, plus profond, fixé sur un au-delà invisible. L'acteur mue, devient autre, devient l'autre. L'altérité révélatrice, le dépassement de soi, de l'individualité, la transcendance de l'être.
Un pas sur scène, et la vie est oubliée, les souvenirs envolés, disparus, comme un rêve qui s'échappe à l'orée du jour. Les cris obscurs et réprimés grondent dans le décor fragile et trompeur. Quelquefois, ce décor n'est que lumière, ombre et lumière, clair-obscur subtil et troublant.

Et dans la salle aussi, il y a l'instant du basculement, le saisissant vertige que l'on ressent lorsque le défilé dramaturgique prend le pas sur la vie, sur l'histoire personnelle et bien réelle, ou perçue comme telle. Le moment où le théâtre en tant que lieu perd sa matérialité de pierre et de stuc, et où la scénographie de carton-pâte, ce trompe-l'oeil, prend valeur d'unique réalité. Il y a alors imprégnation, absorption, possession infiniment précise des esprits charmés, ensorcelés, fascinés par le jeu des acteurs, la vie des personnages.
"Douce flexibilité de l'esprit humain, qui peut tout d'un coup s'abandonner aux illusions qui trompent les réalités de ce monde." (Sterne, Voyage sentimental)
La salle disparaît, les fauteuils ne sont plus des sièges de velours, les décors s'estompent peu à peu, la scénographie s'efface, s'effondre, et cède la place à l'Imaginaire Incarné. Le théâtre n'est plus un théâtre, c'est une porte ouverte sur un monde, sur un univers disparu et comme oublié, celui des passions dévorantes et des dévorations passionnées. Les sensations prennent forme, et les sentiments prennent vie.
S.

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Friday, December 15, 2006

Mémoires d'un tricheur. De Sacha Guitry. M.e.s Francis Huster


J'avoue que j'y suis allée assez fermée... Je n'apprécie pas en général Francis Huster, je le trouve trop adulé, trop "télévisé". Et pourtant...
Il faut le reconnaître, j'ai passé une excellente soirée. La mise en scène est très dynamique et emporte instantanément les spectateurs dans les tribulations de ce tricheur improbable. Comme lorsqu'il échappe enfant à l'empoisonnement, cette pièce est un pied-de-nez délicieux, une pirouette fantasque. C'est frais mais pas seulement, c'est aussi émouvant.

S'il est vrai que Francis Huster m'a épatée (je retire tout le mal que j'ai pu dire *avant*, il est définitivement un grand homme de théâtre et c'est comme ça que je le verrai dorénavant), il faut aussi souligner la prestation du barman, Yves Le Moign', qui tempère l'électricité de Francis Huster, et qui est tout aussi appréciable.


Au Théâtre du Gymnase à Marseille du 3 Avril au 7 Avril 2007.
www.lestheatres.net

Pour voir des extraits du spectacle, rendez-vous sur le site du Théâtre des Célestins de Lyon :
http://www.celestins-lyon.org/index.php?id=170

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Sunday, December 10, 2006

"Marcia Hesse", de Fabrice Melquiot, m.e.s. Emmanuel Demarcy-Mota


Une pièce de théâtre à la fois amusante et grave : 13 à table un 31 décembre, avec l'ombre d'une jeune défunte qui plane.
Portrait piquant d'une famille qui se retrouve dans une grande maison, au bord de la mer, en Bretagne, un soir de tempête, pour fêter le nouvel an. La tempête est aussi au fond des coeurs.
Les conversations glissent, les piques également, l'humour est mordant, le cynisme de rigueur. Chacun s'accroche à son rêve, chacun vit dans sa réalité. Parfois, les destinées se télescopent, et les contours de la tragédie se dessinent, apparaissent, en filigrane de la comédie, et on voit le drame flotter dans la transparence des rideaux éclairés en contre-jour.
Il y a le cérémonial des cadeaux, de l'attribution des chambres. Il convient d'aimer les coquillages, le vin et le foie gras. Il y a des regrets et de l'amour refoulé qui se serrent au fond des gorges. Les mots ne sortent pas toujours, ou alors ce ne sont pas les bons. Chacun se cherche, s'aime, et se déteste à la fois. Les liens du sang, que l'on croyait solides, se disloquent par intermittence, à l'image du sol qui se fendille et se crevasse, entre deux apparitions du spectre de la fille de la maîtresse de maison, cette enfant dont peu de gens osent prononcer le nom, mais qui pourtant donne le titre de la pièce.
La mise en scène est astucieuse et enlevée, admirablement servie par le décor et les effets sonores. Au loin, l'orage gronde, le vent siffle, les vagues se fracassent contre les rochers, et il en est de même de la mémoire de Marcia Hesse. Son souvenir grince dans tous les esprits. Le sapin de Noël est un arbre mort, un corps gît à ses pieds, mais personne ne le voit, ou tout le monde feint de l'ignorer.
Le texte est remarquablement bien écrit. Chaque réplique fuse et se grave dans l'espace théâtral. Le dramaturge est habile à tisser sa rhapsodie.
Les acteurs, fort talentueux dans l'ensemble, portent cette langue tranchante et brillante avec éclat, notamment le comédien Philippe Demarle, qui est irrésistiblement touchant.
"Marcia Hesse" est publié par L'Arche Editeur, 2005, 96 p., 10 €.
Fabrice Melquiot, dramaturge, poète et acteur, rédige un blog :
S.

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Sunday, November 05, 2006

Gachu et Nervé

Gachu et Nervé, c'est un duo hors du commun... C'est un clown blanc et un électron libre qui repoussent les limites des bornes ! Aucunes restrictions, ici l'essentiel c'est de s'amuser et le contrat est largement rempli.
Je reconnais que leur humour est spécial, mais c'est appréciable de voir des gens originaux, qui se démarquent. Nervé joue de sa ressemblance avec Fernandel, mais il sait se renouveler.

Gachu et Nervé se lâchent et on les suit au bout de leur délire. Et c'est si délicieux de voir ce fou de Nervé tout timide après la représentation !

Je ne suis pas une spécialiste des cafés-théâtres (même si je prends de plus en plus goût à cette ambiance conviviale...), mais si vous avez envie de rire, courez-y, ce sont des tueurs ! Ils se produisent jusqu'au 11 Novembre au théâtre de l'archange à Marseille.

http://www.gachuetnerve.com/

http://www.larchange.fr/

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Friday, November 03, 2006

Un captif amoureux, Jean Genet

L'acteur, seul sur scène, est présent certes, mais ce n'est pas ma conception du théâtre engagé.
Je sais bien que ce n'est pas comparable mais j'ai préféré de très très très loin "Froid" de Lars Nören à La Criée l'an passé. Nous étions carrément sur la scène et totalement happés par le jeu des acteurs particulièrement convaincants. Mention Spéciale à Ismaël, cher Carlos Martins...

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