Friday, October 03, 2008

Comme le courant calme et profond d'un fleuve


- Excusez-moi, mais vous ne vous seriez pas trompé de bâtiment ? Il se ressemblent tous dans le quartier, dit-elle, en posant son porte-documents sur le comptoir à côté des trombones. Le seul à pouvoir entrer ici et lire les rêves est le liseur de rêves. Personne d'autre ne peut entrer ici.

- Je suis venu lire les rêves, répondis-je. On m'a envoyé de la ville pour ça.

- Excusez-moi, mais pourriez-vous enlever vos lunettes ?

J'ôtai les lunettes noires et tournai mon visage droit vers elle. Elle plongea son regard dans mes pupilles pâles qui portaient la marque du liseur de rêves. Il me sembla que son regard pénétrait jusqu'à la moëlle de mon corps.

- C'est bon, remettez vos lunettes, dit-elle. Vous voulez du café ?


C'est la Fin du monde. Bienvenue au Pays des merveilles sans merci. Nous entrons dans l'univers d'un roman de l'auteur japonais Haruki Murakami, La Fin des temps, où il est question de rêve(s) et de réalité(s), de conscient et d'inconscient. Une dimension où il est possible de perdre son ombre, sa mémoire et son coeur. Une terre fragile, où tout est mouvant, où tout perd son sens usuel, pour en acquérir un autre, ou plusieurs autres. Le domaine des métaphores et des correspondances sensitives aussi, où un simple tissu peut-être bleu sombre, comme un lambeau arraché au ciel qui avec le temps aurait perdu tout souvenir de ses origines.

Un texte très vif, étrange et poétique. L'histoire d'une aventure. Ou plutôt deux histoires, pour une même aventure. Deux récits, qui semblent parallèles, et qui nous déroutent, et qui nous perdent, savamment.


J'abandonnai mon ombre.
Le gardien me fit mettre debout dans le terrain vague près de la porte. Le soleil de trois heures de l'après-midi découpait nettement mon ombre sur le sol.
- Ne bouge pas, me dit le gardien.
Il sortit un couteau de sa poche et glissa la lame acérée entre l'ombre et le sol, la remua un peu de droite à gauche pour tâter le terrain, puis, d'un mouvement habile, il arracha mon ombre du sol.
L'ombre trembla un peu pour se défendre, puis finalement se pelotonna sur le blanc : arrachée à la terre, elle avait perdu toutes ses forces. Une fois séparée de mon corps, mon ombre devenait un être plus misérable que je ne l'aurais pensé, à l'air épuisé.
Le gardien referma la lame de son couteau. Lui et moi, nous contemplâmes un moment cette ombre séparée de son corps.
- Qu'est-ce que tu en penses ? Curieux, hein, une fois séparé du corps ? Bah, une ombre, ça sert strictement à rien. Ca pèse lourd, c'est tout, dit le gardien.

Labels:

Monday, August 04, 2008

Au clair de l'orchidée


Un jour que nous portions des fleurs, Yun et moi, Yang Pou-fan traça de nous un croquis d'une vérité frappante. Ce soir-là, la lune brillante projetait sur le mur blanc l'ombre délicate d'une orchidée. Spectacle d'une grâce ineffable ! Wang Sing-lan, émoustillé par la boisson, me dit : "Pou-fan a su faire de vous une esquisse ressemblante. Eh bien ! moi je sais peindre l'ombre des fleurs.

- L'image de la fleur sera-t-elle aussi fidèle que celle des personnes ?" lui demandai-je, narquois.

Pour toute réponse, Sing-lan prit une feuille de papier blanc et, l'appliquant au mur, y reproduisit l'ombre de l'orchidée en traits d'encre de Chine, tantôt pleins, tantôt déliés. Cela ne formait certes pas un tableau achevé, et pourtant il émanait de cette ébauche examinée à la lumière du jour quelque chose de nébuleux et de décousu qui évoquait bien le clair de lune. Elle plut beaucoup à Yun et tous nos amis calligraphièrent dans les marges des appréciations élogieuses.


Chen Fou, Récit d'une Vie fugitive.

Labels:

Saturday, July 12, 2008

Acide sulfurique d'Amélie Nothomb.


Tout être qui connaît un enfer durable ou passager peut, pour l'affronter, recourir à la technique mentale la plus gratifiante qui soit : se raconter une histoire. Le travailleur exploité s'invente prisonnier de guerre, le prisonnier de guerre s'imagine chevalier du Graal, etc. Toute misère comporte son emblème et son héroïsme. L'infortuné qui peut remplir sa poitrine d'un souffle de grandeur redresse la tête et ne se trouve plus à plaindre.

Labels:

Monday, May 19, 2008

Traduttore-Traditore


Lu sur le blog de Pierre Assouline, La République des Livres, le 5 janvier 2008 :

D’où vient la fameuse expression “traduttore-traditore” (traducteur-traître) ? Du latin, certainement. Mais quels en furent les premiers passeurs, les Italiens ou les Français ? La curiosité piquée au vif, le traducteur Bernard Cohen a mené une érudite enquête historico-linguistique pour dissiper le mystère de cette paronomase, cette figure de rhétorique qui consiste à rapprocher des mots aux sonorités analogues mais aux sens différents. Pour l’instant, il a isolé deux sources qui concordent à peu près dans le temps : le chapitre VI de la "Défense et illustration de la langue française" (1549) de Joachim du Bellay, et l’épître “La riposta della Lucerna” dans les "Pistole Vulgari" (1539) de Niccolo Franco. A suivre…

Un rapprochement avec le roman de Italo Calvino, Si par une nuit d’hiver un voyageur, s’impose. Il s’agit de l’histoire d’un homme qui achète un roman dans une librairie, le lit, et se rend compte qu’il lui en manque la fin. Il retourne donc à la librairie et le libraire lui donne un autre exemplaire du roman, qui s’avère être un tout autre livre. Le Lecteur va alors s’engager dans une quête de la bonne version du texte. L’œuvre de Calvino est ainsi une suite de 10 romans, toujours commencés, jamais achevés, 10 incipit donc. Il y est question de langue originale, de dialectes perdus, de pays lointains, d’auteur étranger, de traducteurs, etc. Et à chaque fois que le Lecteur croira trouver l’authentique roman, il sera confronté à d’étranges traductions, comme autant de trahisons, les mots semblables se trouvant assimilés. Certains titres de chapitre peuvent donner un bon aperçu de ce genre de rapprochements : Dans un réseau de lignes entrelacées côtoie Dans un réseau de lignes entremêlées.

Il y a par ailleurs dans les Fictions de Jorge Luis Borges un phénomène similaire, plus précisément dans La Bibliothèque de Babel. Il y est question d’une bibliothèque suffisamment vaste pour être comparée à un univers. Les bibliothécaires y naissent, vivent et meurent, sans rien connaître d’un hypothétique monde qui existerait à l’extérieur. Et c’est l’un d’entre eux qui en narre l’existence et le fonctionnement singuliers. La fameuse bibliothèque, censée être infinie, contient tous les livres possibles et imaginables, dans le sens où tout ce qui est exprimable y est consigné. Il y a dans l’ensemble des livres toutes les permutations possibles de toutes les lettres, et ce dans toutes les langues existantes. On peut même y trouver le récit du narrateur, et sa réfutation. Le vertige est saisissant. Il y a là une multiplication exponentielle des sens possibles.

Ce qui m’amène à proposer l’idée suivante : il serait intéressant de créer un logiciel de traduction qui respecterait deux principales contraintes :
1> produire des traductions grammaticalement correctes, afin d’éviter l’écueil des traductions bancales que l’on peut obtenir par le net ;
2> avoir la capacité de générer des combinaisons de mots novatrices dans une langue b à partir d’un texte dans une langue initiale a, en tenant compte du principe de la paronomase, c’est-à-dire ce fallacieux rapprochement des homophones.

Le but d’utilisation d’un tel outil serait de traduire des textes en les trahissant volontairement, et donc par là même de créer de nouveaux textes dont la parenté avec le texte original se perdrait. Une multitude de sens apparaîtrait alors. Un jeu serait de mélanger toutes les versions que l’on pourrait obtenir, et de chercher à retrouver le texte initial, ou de le perdre. On obtiendrait un générateur de textes d’un genre oulipien, mais dont les capacités seraient bien plus vastes et vertigineuses, à l’image de ce qu’a pu imaginer Borges.

Labels:

Sunday, May 11, 2008

Le rêve du papillon


Par un bel après-midi noyé de soleil, un dignitaire s'était aventuré sur les sentiers escarpés de la vallée profonde où Tchouang-tseu avait élu domicile. Le mandarin, brillant lettré qui avait passé tous les degrés des examens et obtenu un poste de conseiller auprès du roi de Wou, voulait poser au vieux maître une question sur le Tao, dans l'espoir de respirer l'effluve de l'Indicible.



La chaumière était déserte, la porte grande ouverte. Des traces de sandales, toutes fraîches, menaient à une prairie pentue. Le dignitaire les suivit et il découvrit Tchouang-tseu endormi à l'ombre d'un vieil arbre noueux, la tête sur un coussin de fleurs des champs. Le lettré toussota et le sage ouvrit les yeux.


- Ô Maître, pardonnez-moi de troubler votre repos. Je viens de fort loin vous interroger sur le Tao.


- Je ne sais pas si je pourrai répondre, répondit Tchouang-tseu en se frottant les yeux.

- Vénérable, votre modestie vous honore.

- Cela n'a rien à voir, non. A vrai dire, je ne sais plus rien, je ne sais même plus qui je suis!

- Comment est-ce possible? demanda le mandarin interloqué.



- Oh c'est très simple, reprit le vieux taoïste, l'air songeur. Figurez-vous que tout à l'heure, en dormant, j'ai fait un rêve étrange. J'étais un papillon voltigeant, ivre de lumière et du parfum des fleurs. Et maintenant, je ne sais plus si je suis Tchouang-tseu ayant rêvé qu'il était un papillon ou un papillon qui rêve qu'il est Tchouang-tseu !




Et le conseiller du roi de Wou, bouche bée, s'inclina pronfondément et retourna sur ses pas, ruminant cette parole énigmatique dans l'espoir d'en tirer le suc.
Pour en lire davantage : Contes des sages taoïstes. Pascal FAULIOT. Editions Seuil.

Labels:

Tuesday, April 15, 2008

Retrouver le Temps du Rêve


"Je sais qu'il y a certains rêves où on a l'impression de se souvenir, et on croit que ce dont on se souvient est vrai, puis on se réveille et on doit conclure, à contrecoeur, que ces souvenirs n'étaient pas les nôtres. Nous rêvons à de faux souvenirs. Par exemple, je me rappelle avoir plusieurs fois rêvé que je rentrais enfin dans un appartement où, depuis longtemps, je ne me rendais plus, mais où j'aurais dû revenir de temps en temps : c'était une sorte de pied-à-terre secret où j'avais vécu et laissé beaucoup de mes affaires personnelles. Dans mon rêve, je me rappelais parfaitement chaque meuble et chaque pièce de cet appartement, et au pire je m'irritais car je savais qu'il devait y avoir, après le salon, dans le couloir allant vers la salle de bains, une porte qui ouvrait sur une autre pièce, mais la porte n'était plus là, comme si quelqu'un l'avait murée. Ainsi, je m'éveillais plein de désir et de nostalgie pour mon refuge caché mais, à peine m'étais-je levé, je me rendais compte que le souvenir appartenait au rêve, et je ne pouvais me rappeler cette maison parce que - du moins dans ma vie - elle n'avait jamais existé. Tant et si bien que souvent j'ai pensé que dans les rêves on s'empare des souvenirs d'autrui."


Umberto Eco
La Mystérieuse flamme de la reine Loana

Labels:

Thursday, April 03, 2008

Palomar


[...]
Un regard lent, chargé de désolation, de patience et d'ennui, un regard qui exprime toute la résignation ressentie à être ce qu'on est, l'unique exemplaire au monde d'une forme qu'on n'a pas choisie, qu'on n'aime pas, toute la fatigue de supporter sa propre singularité, toute la peine d'occuper l'espace et le temps par sa propre présence, si encombrante et si voyante.



Italo Calvino.

Labels:

Sunday, March 16, 2008

Le port


A la mémoire de Roger Bacciardi (1934-2008).

"Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. L'ampleur du ciel, l'architecture mobile des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares, sont un prisme merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les lasser. Les formes élancées des navires, au gréement compliqué, auxquels la houle imprime des oscillations harmonieuses, servent à entretenir dans l'âme le goût du rythme et de la beauté. Et puis, surtout, il y a une sorte de plaisir mystérieux et aristocratique pour celui qui n'a plus ni curiosité ni ambition, à contempler, couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle, tous ces mouvements de ceux qui partent et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore la force de vouloir, le désir de voyager ou de s'enrichir. "




Charles Baudelaire.

Labels:

Saturday, March 15, 2008

Lampe en plein jour


Ainsi était surnommé le poète et moine japonais Ryokan (1758-1831), du temps de sa jeunesse, par ses voisins, en référence à son caractère contemplatif et nonchalant. Ryokan aurait dû succéder à son père et devenir le chef du village, mais il a préréfé entrer en religion, ce qui ne l'a pas empêché de devenir moine itinérant, vivant alors en dehors de l'institution monastique.
Il ne chérissait rien de plus que la simplicité et la liberté, et il mettait en garde contre "la poésie de poète, la calligraphie de calligraphe et la cuisine de cuisinier". D'ailleurs, il était d'une grande modestie quant à ses talents poétiques.

qui dit que mes poèmes sont des poèmes ?
mes poèmes ne sont pas des poèmes
si vous comprenez que mes poèmes ne sont pas des poèmes,
alors nous pourrons parler poésie



Les éditions Moundarren, spécialisées dans la littérature extrême-orientale, proposent certains de ses textes, dans des ouvrages élégamment reliés de ficelle, et en version bilingue. Dans Recueil de l'ermitage au toit de chaume, on peut lire notamment :


les gens me demandent
à quoi je suis utile
au milieu des roseaux
le matin je me fraye un chemin
allant où j'ai envie d'aller


je n'ai rien de spécial
à vous offrir
juste une fleur de lotus
dans un petit vase
à regarder un long moment


la vie en ce monde
à quoi la comparer ?
à un écho
qui se propage
et se perd dans le vide

Labels:

Sunday, January 27, 2008

Claude Ponti...celli

Il y a des livres de jeunesse qui sont purement dédiés aux enfants. Ils ont souvent le défaut d'être plats, inintéressants et pauvres pour des yeux plus âgés. Et il y a des oeuvres pour apprentis lecteurs qui ont toute leur place dans des biblothèques plus mûres.

Il y a donc Claude Ponti. Un homme qui décide de faire un livre d'artiste pour la naissance de sa fille Adèle, et qui finit par devenir la référence de l'imagination enfantine.
Avec une structure narrative linéaire, il emmène ses lecteurs dans des univers tout à la fois décalés, fantaisistes, oniriques, surréalistes et poétiques.

Jalonnée de clins d'oeil, son oeuvre regorge de références à ses propres personnages, mais aussi à une culture et à la mémoire collectives.

Claude Ponti fait confiance à son lecteur : il lui donne des pistes, il lui raconte des choses qui parfois le dépassent et l'invitent ainsi à revenir, dans un ballet de relectures. Et à s'ouvrir aussi à de nouvelles voies littéraires. On ne peut pas tout cromprendre. Mais il y a une gradation dans le cryptage. Chacun y trouvera son cadeau...
Je ne le découvre que tardivement, et pourtant j'apprécie ses albums comme si je faisais partie de son public de destination. Sûre que dans ma tendre enfance, ils auraient trouvé comment y résonner...

"C'est jamais trop quand c'est bien".
Blaise et le robinet.

Labels:

Wednesday, August 08, 2007

Des masques, des masques...


"Des masques, des masques... Un souffle et ils disparaissent pour céder la place à d'autres. [...] Et rien n'est vrai ! Vraie est la mer, oui, la montagne ; vrais le caillou et le brin d'herbe. Mais l'homme ? Sans le vouloir, sans le savoir, l'homme reste toujours masqué de ce qu'il croit être de bonne foi : beau, bon, plaisant, généreux, malheureux, etc. Cela fait bien rire lorsqu'on y pense. Car, prenons un chien par exemple, que fera-t-il une fois passée la première fièvre de la vie ? Il mange et il dort ; il vit comme il peut, comme il doit ; il ferme les yeux, plein de patience, et laisse le temps s'écouler, froid s'il fait froid, chaud s'il fait chaud ; et si on lui allonge un coup de pied, il l'accepte, puisque c'est le signe, que cela lui revient. Mais l'homme ? Si vieux qu'il soit, toujours cette fièvre : il délire et il ne s'en aperçoit pas ; il ne peut s'empêcher de prendre des poses, même devant lui-même d'une certaine manière, et que de choses il imagine, qu'il a besoin de croire vraies, besoin de prendre au sérieux !"


Luigi Pirandello
Ecrits sur le théâtre et la littérature

Labels:

Monday, July 09, 2007

"On n'enferme pas les miracles". Frédéric Beigbeder


Il y a deux manières d'aborder l'oeuvre de Frédéric Beigbeder. Soit on abandonne très vite devant un pessimisme et un cynisme affichés. Soit on s'y jette à coeur perdu.
On pourrait voir des influences de Bret Easton Ellis dans cette peinture déchaînée d'un monde sulfureux. Mais ce serait rater la profondeur de sa plume déliée.

La différence entre un provocateur et Frédéric Beigbeder, c'est la poésie.
Au-delà des calembours, des jeux de mots et d'un humour indéniables, ses livres sont empreints d'une grande sensibilité, d'amour dévastateur.
Ses personnages tourmentés sont des passionnés, jetés dans des tourbillons d'expériences extravagantes, mais affamés malgré tout de sentiments envoûtants.

Frédéric Beigbeder sait raconter les grands élans amoureux et les affres mentaux qui les accompagnent, toutes ces questions qu'on se pose, ces dilemmes qu'on s'inflige, ces peurs accablantes.

Frédéric Beigbeder pense qu'il y a un avant et un après Louis-Ferdinand Céline. Je crois qu'il en est de même pour lui : on n'en sort pas indemne.



Pour découvrir son talent, il suffit de se plonger dans :
Mémoires d'un jeune homme dérangé
Vacances dans le coma
L'amour dure trois ans
99 Francs
Windows on the world
L'égoïste romantique
Au secours pardon
Nouvelles sous Ecstasy
Dernier inventaire avant liquidation
Je crois Moi non plus : Dialogue entre un évêque et un mécréant
Rester normal
Rester normal à Saint-Tropez

Labels:

Friday, February 23, 2007

"Si par une nuit d'hiver un voyageur" d' Italo Calvino.


Ce n'est pas un long roman, ce sont des histoires suspendues, qui s'éloignent et se perdent. Elles se croisent à peine pour laisser entrevoir une trame, un message.


Italo Calvino cherche à comprendre son Lecteur, sa Lectrice. Ce n'est plus à nous d'essayer de le connaître à travers ses mots, c'est lui qui tente de nous définir.


"Les vies humaines forment une trame continue, où toute tentative d'isoler un fragment de vécu qui ait du sens en dehors du reste -par exemple, une rencontre entre deux personnes qui deviendra décisive pour toutes les deux - doit tenir compte du fait que chacun des deux traîne avec lui un tissu de faits, de lieux, d'autres personnes, et que de la rencontre il découlera à nouveau d'autres histoires, qui à leur tour se sépareront de leur histoire commune."



Et ainsi le livre se laisse bercer par des histoires entrelacées, de perpétuels recommencements, pour se centrer sur un repère immuable : le basculement. Quand on sait qu'un rien va devenir le début d'un grand inconnu.



"Lire c'est aller à la rencontre d'une chose qui va exister mais dont personne ne sait encore ce qu'elle sera..."

Labels:

Sunday, November 05, 2006

"Une si douce fureur", ou "La Confusion des sentiments"

"Mon coeur deviendra poussiéreux."

Christian Authier signe avec "Une si douce fureur", Stock, 2006, un livre étrange et envoûtant. A première vue, on pourrait se lasser de ce roman qui évoque une quantité de personnages, sans jamais vraiment les présenter ni les mettre en lumière, mais on se prend rapidement au jeu de cette histoire qui cherche à analyser l'évolution des rapports amoureux avec les nouveaux moyens de communication (sms, mails).

"Il est de certains êtres comme de certains pays, on n'en revient pas. Longtemps après les avoir quittés, leurs paysages et leur langue nous habitent encore."

Nous vivons à l'ère de la rapidité, nous sommes en quête d'immédiateté, d'instantanéité. Nous voulons des réponses à nos messages tout de suite. Chaque silence devient une séparation, chaque délai une déchirure.
De l'état d'urgence, la précipitation, découlent l'affolement et la dispersion des êtres. Les nerfs sont à vif, les nerfs sont avivés. Les corps sont tendus comme les cordes d'un violon accordé à tout rompre.
Et l'on perd l'habitude d'attendre (et pourtant, "L'attente est un prélude mineur" selon Boris Vian, mais à quoi ?), de croire et d'espérer.

Malgré cela, Christian Authier, dans son style précieux et posé, nous dit que :

"[...] le temps passé fait que les mots et les sentiments seront bientôt poussière que le vent emporte."

S.

Labels: